Moscou relance la chasse aux Caucasiens
17 janvier, 2007 @ 10:03 Actualités Internationales

«Ils peuvent venir d’un instant à l’autre. Et c’en sera fini de nous. Nous crèverons en Moldavie.» Aux aguets derrière un rempart de gaufrettes, sur le marché de la Grande Vague à Moscou, Radika, comme presque tous les vendeurs étrangers de Russie aujourd’hui, s’avoue «en panique». De nouvelles lois, entrées en vigueur cette semaine, prétendent contrôler sérieusement l’immigration illégale en Russie et interdire même tout travailleur étranger sur les marchés qui, ces dernières années, étaient passés sous la coupe des  «Noirs», comme on appelle ici les étrangers originaires du Caucase ou d’Asie centrale. Les objectifs sont ambitieux, à la mesure de la terreur qu’ils déclenchent : passer, cette année, de plus de 10 millions d’immigrés illégaux, selon les services d’immigration, à 6 millions d’immigrés «légalisés». Les autorités n’ont compté en 2006 qu’1,3 million d’immigrés légaux.
Contrôle. A la Grande Vague comme sur tous les marchés, les inspections se sont multipliées, avec pour consigne d’embarquer tous les vendeurs qui ne seraient pas parfaitement en règle. Moldave installée depuis seize ans à Moscou, Radika confie : «Avant le 15 janvier, les services d’immigration ne voulaient pas nous délivrer de permis de travail. Mais depuis, nous sommes censés avoir tous nos papiers en règle ! D’ailleurs, pour nous, vendeurs, même si on obtient un permis de travail, il ne vaudra que jusqu’au 1er avril.»
Sous l’impulsion du président Poutine en personne, qui a appelé à «mettre de l’ordre» sur les marchés et à «réserver le marché du travail avant tout aux citoyens de Russie», une des nouvelles lois prévoit qu’à partir du 1er avril les marchés russes ne pourront plus compter qu’un maximum de 40 % de vendeurs étrangers. Au 1er janvier 2008, tous les vendeurs étrangers devront avoir disparu. Ainsi, les fermiers russes pourront reprendre le contrôle du commerce de détail, passé ces dernières années sous la coupe de mafias, caucasiennes pour la plupart, argumentent les autorités.
«Mais les Russes ne veulent pas travailler ! rétorque Ali, 36 ans, patron de deux petits étals à la Grande Vague. J’ai déjà essayé d’en embaucher, l’un est parti avec la caisse, l’autre réclamait un salaire énorme, même quand il venait travailler bourré !» Originaire d’Azerbaïdjan, Ali, comme beaucoup d’autres de ses collègues restés sur ce marché, a obtenu depuis plusieurs années la nationalité russe, mais il s’inquiète pour ses employés et parents restés «étrangers».  «Pour obtenir le passeport russe, il faut réunir beaucoup de documents et ça coûte au moins 3 000 dollars en bakchichs, soupire Radika, la vendeuse moldave. Jusqu’à présent, avec mon mari qui travaille aussi à Moscou comme maçon, nous nous en sortions sans permis. Mon mari n’a été coincé que deux fois. La première, on lui a pris tout son salaire ; la seconde, il a dû donner son téléphone portable. Je ne sais pas ce que nous allons devenir.» (…).

 

Lorraine MILLOT

Libération 17 janvier 2007

-templahr
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