posts de janvier 2007


Restriction de l’accès aux minima sociaux pour les ressortissants communautaires

Le gouvernement a décidé d’exclure du bénéfice du revenu minimum d’insertion (RMI), de la couverture-maladie universelle (CMU) et des prestations familiales, les ressortissants communautaires « entrés en France pour y rechercher un emploi et qui s’y maintiennent à ce titre ». La mesure est contenue dans l’article 9 du projet de loi instaurant un droit opposable au logement, présenté en conseil des ministres, le 17 janvier. L’ouverture du marché du travail aux ressortissants des nouveaux Etats membres, notamment aux Bulgares et aux Roumains, a conduit le gouvernement à inscrire dans la loi cette mesure. Celle-ci vise, comme l’explique une note gouvernementale, à « prévenir les abus » que pourraient commettre des personnes qui viendraient « s’installer en France dans le but de toucher les minima sociaux ou la CMU ». « En particulier, précise la note, il ne doit pas être possible de toucher ces prestations dès l’installation en France simplement en s’inscrivant à l’ANPE. »

Le 11 janvier, Nicolas Sarkozy avait affirmé que les Roumains et les Bulgares qui n’ont « pas de ressources, et qui constitueraient donc une charge pour notre système d’aide sociale, n’ont pas le droit de séjourner en France ». « Notre pays n’a pas vocation à être un guichet social universel », soutenait-il. Pour le RMI, la loi du 23 mars 2006 exige déjà d’un ressortissant communautaire qu’il remplisse « les conditions exigées pour bénéficier d’un droit au séjour » et qu’il ait « résidé en France durant les trois mois précédant la demande ». Avec cette disposition, le gouvernement entend empêcher des chômeurs européens continuant à chercher un emploi au-delà des trois premiers mois en France de faire une demande de RMI.

Laetitia Van Eeckhout
Le Monde du 21.01.07.

Moscou relance la chasse aux Caucasiens

«Ils peuvent venir d’un instant à l’autre. Et c’en sera fini de nous. Nous crèverons en Moldavie.» Aux aguets derrière un rempart de gaufrettes, sur le marché de la Grande Vague à Moscou, Radika, comme presque tous les vendeurs étrangers de Russie aujourd’hui, s’avoue «en panique». De nouvelles lois, entrées en vigueur cette semaine, prétendent contrôler sérieusement l’immigration illégale en Russie et interdire même tout travailleur étranger sur les marchés qui, ces dernières années, étaient passés sous la coupe des  «Noirs», comme on appelle ici les étrangers originaires du Caucase ou d’Asie centrale. Les objectifs sont ambitieux, à la mesure de la terreur qu’ils déclenchent : passer, cette année, de plus de 10 millions d’immigrés illégaux, selon les services d’immigration, à 6 millions d’immigrés «légalisés». Les autorités n’ont compté en 2006 qu’1,3 million d’immigrés légaux.
Contrôle. A la Grande Vague comme sur tous les marchés, les inspections se sont multipliées, avec pour consigne d’embarquer tous les vendeurs qui ne seraient pas parfaitement en règle. Moldave installée depuis seize ans à Moscou, Radika confie : «Avant le 15 janvier, les services d’immigration ne voulaient pas nous délivrer de permis de travail. Mais depuis, nous sommes censés avoir tous nos papiers en règle ! D’ailleurs, pour nous, vendeurs, même si on obtient un permis de travail, il ne vaudra que jusqu’au 1er avril.»
Sous l’impulsion du président Poutine en personne, qui a appelé à «mettre de l’ordre» sur les marchés et à «réserver le marché du travail avant tout aux citoyens de Russie», une des nouvelles lois prévoit qu’à partir du 1er avril les marchés russes ne pourront plus compter qu’un maximum de 40 % de vendeurs étrangers. Au 1er janvier 2008, tous les vendeurs étrangers devront avoir disparu. Ainsi, les fermiers russes pourront reprendre le contrôle du commerce de détail, passé ces dernières années sous la coupe de mafias, caucasiennes pour la plupart, argumentent les autorités.
«Mais les Russes ne veulent pas travailler ! rétorque Ali, 36 ans, patron de deux petits étals à la Grande Vague. J’ai déjà essayé d’en embaucher, l’un est parti avec la caisse, l’autre réclamait un salaire énorme, même quand il venait travailler bourré !» Originaire d’Azerbaïdjan, Ali, comme beaucoup d’autres de ses collègues restés sur ce marché, a obtenu depuis plusieurs années la nationalité russe, mais il s’inquiète pour ses employés et parents restés «étrangers».  «Pour obtenir le passeport russe, il faut réunir beaucoup de documents et ça coûte au moins 3 000 dollars en bakchichs, soupire Radika, la vendeuse moldave. Jusqu’à présent, avec mon mari qui travaille aussi à Moscou comme maçon, nous nous en sortions sans permis. Mon mari n’a été coincé que deux fois. La première, on lui a pris tout son salaire ; la seconde, il a dû donner son téléphone portable. Je ne sais pas ce que nous allons devenir.» (…).

 

Lorraine MILLOT

Libération 17 janvier 2007

Les minorités dans les universités américaines

Pour exprimer combien il se sent isolé sur ce campus californien où prédominent les Blancs et les Asiatiques, D’Juan Farmer arbore un tee-shirt avec cette inscription : « Got Black Students ? » (« Avez-vous des étudiants noirs ? »). Ce jeune Afro-Américain, qui veut devenir médecin, a grandi dans un quartier de Los Angeles et il est le premier de sa famille à faire des études supérieures. Il est aussi l’un des 96 Noirs (dont 20 athlètes) à avoir été admis en 2006 à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), sur une promotion de 4 852 nouveaux : soit 2 % des effectifs – alors que les Afro-Américains comptent pour environ 10 % de la population du comté. C’est le pourcentage le plus faible depuis 1973, au point que certains s’indignent de cette statistique infâme, brandissant la liste des « Infamous 96″.

 

A la rentrée, la faible participation de ces minorités, que l’université californienne définit officiellement comme « sous-représentées » (Américano-Indiens, Afro-Américains, Chicanos et Latinos), a alarmé étudiants et responsables et ravivé le débat sur l’affirmative action ou « discrimination positive », qui agite la Californie depuis plus d’une décennie. Les chiffres sont particulièrement alarmants à l’UCLA, l’un des trois campus les plus importants, par le nombre d’étudiants, et les plus compétitifs du système universitaire public, avec Berkeley et San Diego. Et tous les campus enregistrent des baisses significatives des inscriptions de certaines minorités, dix ans après l’adoption de la Proposition 209 qui, en 1996, a interdit tout traitement préférentiel basé sur la race, le sexe, la couleur, l’appartenance ethnique ou la nation d’origine dans les admissions aux universités publiques. Déjà, en 1995, sous l’impulsion de Ward Connerly, un Noir conservateur qui a fait de l’élimination de la « discrimination positive » le combat de sa vie, le conseil d’administration de l’Université de Californie avait devancé les électeurs en adoptant la mesure « SP1″, qui éliminait toute préférence en faveur des minorités dans le traitement des inscriptions.Les conséquences se sont immédiatement fait sentir à l’Université de Californie. En 1995, 21 % des étudiants de première année appartenaient à une minorité sous-représentée, tandis qu’en 1998, première rentrée à ne pas appliquer la « discrimination positive », cette proportion avait chuté à 15 %. Depuis, les chiffres se sont légèrement améliorés, car les responsables universitaires, à qui la loi interdit d’appliquer des critères de race, ont recours à d’autres méthodes pour recruter les étudiants de milieux défavorisés. « Toutes les stratégies que nous avons déployées pour que nos étudiants reflètent la population californienne ont eu un certain effet, mais sont loin d’avoir résolu le problème », reconnaît Susan Wilbur, responsable des inscriptions de première année de l’Université de Californie. « Hélas, nous sommes contraints par le cadre législatif », déplore-t-elle.

 

Pour remédier à la chute des admissions des minorités, le campus de Berkeley a eu l’idée d’une approche « holistique » de l’examen des demandes d’inscription ou comprehensive review (la médecine holistique, très en vogue sur la Côte ouest, prend en considération les différents aspects de la santé d’un individu). « Désormais, la nouveauté est que, après les évaluations séparées des différents volets de la demande (notes, activités extrascolaires, motivation…), dans la phase finale, une seule personne prend connaissance de l’ensemble du dossier », explique Ricardo Vazquez, porte-parole de l’Université de Californie. « Nous pouvons ainsi évaluer l’éligibilité d’un élève, non pas seulement en fonction de ses résultats scolaires, mais en tenant compte du contexte local », ajoute-t-il. Du coup, Berkeley a redressé son taux de participation des minorités sous-représentées, et l’université UCLA, qui est à la traîne, a décidé d’appliquer cette « méthode holistique » pour ses admissions dès la rentrée prochaine. Et pour intéresser et recruter les étudiants les plus démunis, tous les campus font désormais des efforts de communication auprès des écoles secondaires qui envoient peu d’élèves à l’université. « Quel est le rôle d’une université publique, financée par les contribuables, et donc les minorités, dans notre société ? », demande Frank Gilliam, professeur de sciences politiques à UCLA : « C’est de servir le bien public ! Alors il faut surveiller la composition de ces institutions qui vont former les cadres, les médecins, les leaders qui, demain, vont retourner servir leur communauté. Nos effectifs doivent être au grand complet, sinon l’Etat en pâtit. »

 

Cet universitaire se dit même favorable à une révocation de la Proposition 209, tout en reconnaissant que l’opinion publique n’y semble pas disposée pour le moment. En novembre, le dixième anniversaire de l’adoption de la Proposition 209 a été marqué par des manifestations d’étudiants clamant : « Hey, hey, ho, ho ! Prop 209 has to go ! » (« A bas la Proposition 209 ! »), mais qui n’ont pas été très suivies, même à Berkeley et à l’UCLA.
En revanche, les opposants à l’ »affirmative action » sont de plus en plus nombreux. En novembre, les électeurs du Michigan ont banni, lors d’un référendum, la « discrimination positive ». Et l’American Civil Rights Coalition, dirigée par Ward Connerly, entend bien présenter et soutenir d’autres référendums contre l’affirmative action dans neuf Etats (Arizona, Colorado, Missouri, Nebraska, Nevada, Oregon, South Dakota, Utah, Wyoming) aux élections de novembre 2008. Les restrictions contre la « discrimination positive » menacent aussi les écoles primaires et secondaires. La Cour suprême va examiner un recours impliquant de tels programmes dans les écoles de Seattle et de Louisville, ce qui pourrait affecter les 54 000 élèves des écoles publiques de Los Angeles qui sont admis dans des magnet schools. Ces « écoles-aimants » acceptent des élèves d’autres quartiers, afin d’encourager la diversité raciale. Une décision négative de la Cour suprême les renverrait dans leurs écoles de quartier, où existe une forte ségrégation.

 

Claudine Mulard
Le monde 10.01.07.

 

 

 

 

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